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Le langage est plein de redondances (redites, répétitions), mais certaines sont plus gênantes que d’autres. On parle souvent de «pléonasme», mot qui peut désigner aussi bien une figure de style où la répétition est voulue, qu’une répétition involontaire et souvent considérée comme maladroite ou fautive.

Certaines répétitions sont habituelles voire obligatoires, et passent inaperçues. Par exemple, dans la phrase «Pierre est-il venu?», la répétition est presque imperceptible; pourtant, le pronom «il» reprend «Pierre», il y a donc deux éléments qui représentent la même personne; cette répétition est exigée par la forme interrogative.

De même, dans «Le printemps, c’est la saison des amours», le «c’» reprend «le printemps»; ici, on pourrait tout à fait l’omettre («Le printemps est la saison des amours»), mais cette répétition est tout à fait habituelle et ne gêne pas vraiment.

De même dans «je vais là où je veux», l’adverbe «là» n’est pas nécessaire mais ne pose pas de problème.

Dans d’autres cas, la répétition permet de lever une ambiguïté, d’amener une nuance ou d’insister sur un élément:

Dans «Pierre, lui, n’est pas d’accord», on met l’accent sur «lui», par rapport à «moi», à «toi», ou à quelqu’un d’autre.

Dans «Je l’ai vu de mes propres yeux», on insiste sur le fait qu’on a été le témoin direct d’un fait, et on donne plus de force à l’expression.

Certaines répétitions sont entrées dans l’usage: «le seul et unique», «c’est sûr et certain», «c’est la vérité vraie», «à tous et à chacun», «une promesse est une promesse».

Les expressions «puis après» ou «puis ensuite» également, bien que parfois critiquées, sont d’usage courant dans la langue orale, voire écrite.

Quoi qu’il en soit, il existe des redondances tout à fait inutiles et généralement considérées comme fautives; parfois, cela semble assez évident:

J’ai mal à ma tête.
Il monte en haut / il descend en bas / il recule en arrière / il sort dehors.

D’autres fois, la répétition est moins évidente, surtout quand on a un peu oublié le sens des mots:

«Le taux d’alcoolémie» (l’alcoolémie est le taux d’alcool, donc ça équivaut à dire «taux de taux d’alcool»)
«Un braquage à main armée» (on oublie le sens du mot «braquage», qui est une attaque à main armée…)
«Le tri sélectif des déchets» (trier voulant dire sélectionner, il faudrait simplement dire «tri des déchets»)
«Un logiciel informatique» (un logiciel est un programme ou un ensemble de programmes informatiques)
«Une panacée universelle» (une panacée est un remède universel)
«S’avérer vrai» ou «s’avérer exact» («avérer», du latin «verus» qui veut dire «vrai», signifie «être reconnu comme vrai»)

«Une heure de temps» semble être un pléonasme bien accepté, alors qu’une heure ne peut pas représenter autre chose que le temps… Il est tout de même préférable de l’éviter, sauf quand on indique une nuance particulière: «Il a donné trois heures de son temps» (pas le temps en général, mais «son temps à lui»), ou «Ils ont eu trois heures de jeu en quatre heures de temps».

Grevisse précise (Le bon usage, éd. 2008) que «Le pléonasme critiquable est le pléonasme vicieux, qui n’ajoute rien à la force de l’expression». Mais ce même Grevisse nous donne quelques exemples où de grands auteurs ont laissé de telles formules se glisser dans leurs œuvres! Stendhal, Balzac ou Hugo sont tombés dans ces pièges, de quoi nous rassurer!

Dans certains cas, le caractère fautif de l’expression est discutable:

«La marche à pied» est parfois critiqué; mais la précision «à pied» permet d’éviter la confusion avec l’autre sens du mot «marche» (marche d’escalier); en revanche, évitons le pléonasme avec le verbe marcher: «nous marchons à pied».

«Une dune de sable» est plutôt à éviter (en principe, une dune est de sable); mais on peut dire «une dune de sable blanc».

Et pour finir, je vous propose de trouver les 17 pléonasmes qui se cachent dans le texte ci-dessous (dont certains «doubles pléonasmes», que je n’ai comptés qu’une fois).

Évitons les pléonasmes!

Quand une phrase est claire, point n’est besoin d’y ajouter en plus des éléments inutiles… Il est vrai que les auteurs novices n’ont pas le monopole exclusif de ce genre de maladresse; on en retrouve aussi chez les grands auteurs, comme par exemple Balzac, Zola, Hugo, etc., qui les laissent parfois se glisser dans leurs textes. Moi, personnellement, je suis attentive, voire même impitoyable, dans ma traque aux pléonasmes redondants; c’est essentiel pour être capable, à travers l’écriture, de pouvoir faire passer son message. Quand j’ai regardé ce que je venais d’écrire, j’ai tout de suite remarqué que ça fourmillait de trop d’erreurs involontaires. J’ai commencé d’abord par enlever les erreurs qui sautaient aux yeux, ce fut ma première priorité. Puis j’ai recommencé la relecture à nouveau, car je ne pouvais pas me borner qu’aux cas les plus flagrants. La langue française, je croyais en connaître tous ses pièges… Mais pourtant, il me fallut un long travail en cinq étapes de relecture successives, durant huit heures de temps, pour arriver à un texte complètement achevé.


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